Chers amis,
L’Hôpital est anormalement calme ! C’est la fête nationale ! Il y a un mot pour le dire en langue malgache assez peu employé. On parle plutôt, en français, de fête de l’indépendance qui a eu lieu le 26 juin 1960. Une très grande fête pour l’ensemble de la population et donc des chrétiens, même si pour ces derniers, la fête de Pâques est la plus grande fête de la chrétienté.
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L’identité malgache, je pense, reste la plus forte ! On dépense beaucoup ce jour-là voire tout ce que l’on a pour les plus modestes. Comme chaque année, le directeur que je suis a été sollicité pour verser les salaires avant la fête. Un membre du personnel me dit que ça va être dur d’attendre le 31 juillet pour percevoir le salaire suivant… Tout est dit ! Il y a le passé, l’histoire de ce pays avec la France, la joie d’être enfin libre et indépendant en particulier pour les plus anciens qui sont de moins en moins nombreux.
Une terre qui produit, bien sûr, mais qui pourrait tellement donner plus.
Je le comprends aisément tant sur le plan de l’histoire mais aussi des réalités aujourd’hui dans un pays qui reste très pauvre, trop pauvre alors que nous avons le bonheur d’être sur une île immense, la quatrième plus grande île au monde. Richesses géologiques et une terre qui produit, bien sûr, mais qui pourrait tellement donner plus et nourrir l’ensemble de sa population.
Les avantages de ce pays magnifique sont à la fois les Hautes-Terres pour les fruits et les légumes que nous connaissons dans nos pays tempérés et l’ensemble de la côte pour ses fruits et légumes tropicaux. Après bientôt 40 ans (le 24 août prochain), je ne cesse jamais de m’émerveiller pour ces richesses qui sont à prendre, à exploiter et à faire produire à cette terre et donner tout ce dont nous avons besoin pour vivre et non plus survivre pour le plus grand nombre.
Il n’y a pas de jour, je crois, où je ne contemple pas le site assez extraordinaire de l’Hôpital Sainte-Anne tant par le paysage environnant immédiat que par le paysage plus lointain qui s’offre merveilleusement à nos yeux quel que soit la météo du jour mis à part, évidemment, la terreur qu’engendre les cyclones dont Mananjary a été préservée cette année ! Dieu soit loué ! Malheureusement, ce ne fut pas le cas pour le grand port de Tamatave et sa région. Pas un grand cyclone en dimension mais terrible comme ce fut le cas avec Batsiraï chez nous en 2022. Maintenant, nous profitons de quelques mois de répit avant la prochaine saison cyclonique en novembre prochain. Une perspective d’autant plus terrifiante qu’on nous dit que le nombre des cyclones ne sera pas forcément en augmentation mais qu’ils seront de plus forte puissance !
Etablissement confessionnel et privé, respectant la réglementation et les directives du ministère de la santé du pays.
Pour en revenir à cet hôpital qui m’est cher, à vous aussi, chers amis, il n’y a donc que très peu de malades ces jours-ci ! Il y aurait bien eu quelques cas qu’il aurait fallu hospitaliser en médecine sans tarder. Ils n’ont pas voulu préférant à la fois être chez eux pour la fête et ne pas dépenser leur argent pour leur santé. Reviendront-ils et si c’est le cas, dans quel état ?
L’Hôpital Sainte-Anne a été inauguré au mois de mai 2023. Jusqu’à la fin du mois de juin 2023, nous avons préparé les mises en place des matériels nécessaires et tiré des enseignements de fonctionnement lors de l’accueil de l’Hôpital public de Mananjary détruit par Batsiraï de février 2022 à février 2023. Cela nous a permis de voir les points forts et faibles de l’Hôpital et de compléter les matériels indispensables que nous n’avions pas encore et de regarder comment fonctionnait et travaillait le personnel d’un établissement public.
Etablissement confessionnel et privé, respectant la réglementation et les directives du ministère de la santé du pays, nous avons trouvé notre propre manière d’être au plus près des malades et de leur famille et rechercher, directeur, médecins, personnel soignant, les moyens pour que tous soient accueillis dans un Hôpital qui peut « impressionner » surtout lorsqu’on vient des brousses lointaines et profondes. On peut venir de très loin et d’une région voisine. Pour que l’Hôpital reste de qualité et ce que nous souhaitons, notre règlement est assez strict avec, par exemple, le port du masque en entrant, pas de visite le matin car l’ensemble du personnel est affairé dans les tâches qui sont les siennes (visite du médecin, soins, repas, toilette du malade, changement de sa chemise, des draps, ménage…). Difficile parfois de faire comprendre, pour le bien du malade, qu’il n’y a pas le temps, sauf, bien sûr, exception délivrée par le médecin du service pour les cas graves dont l’issue semble fatale ! Même chose pour les enfants de moins de 12 ans qui ne peuvent pas être accueillis s’ils ne sont pas malades. Les petits et c’est bien normal (les varangues des pavillons sont un superbe terrain pour courir…) posent leurs mains partout et si nous veillons à la propreté de l’Hôpital, il y a, de fait, toujours des risques.
Quelques chiffres...
Sur la lettre annuelle du 4 juin 2025, je vous donnais les chiffres de l’activité de la première année « pleine » 2024. Comme on peut le voir, l’activité en 2025 a été sensiblement la même. En chirurgie, nous avons reçu 810 personnes avec 211 patients qui ont subi une intervention chirurgicale dont certaines très lourdes tant au niveau du cas que de la durée de l’opération, 336 consultations chirurgicales externes, 11 accouchements par voie basse, 18 naissances par césarienne avec malheureusement un enfant mort-né.
Ces chiffres sont en diminution par rapport à 2024 car à l’Hôpital Public, il y a un organisme américain, Pivot, qui prend en charge gratuitement les futures mamans et les enfants jusqu’à 5 ans. Dans le service de médecine, il y eut 1442 consultations externes et 602 hospitalisations. Toujours le seul à posséder un appareil de radiologie numérique à Mananjary, le service a reçu 669 personnes (patients hospitalisés : 202, consultations externes avec les médecins de l’Hôpital : 300 et 167 clichés prescrit par l’Hôpital public et des médecins de la ville). Derniers chiffres, celui du laboratoire d’analyses en nette augmentation. Le laboratoire a reçu 4041 personnes dont 1810 étaient hospitalisées et 2231 en externe de l’Hôpital. Depuis août 2025, nous avons inclus la bactériologie (antibiogrammes, coprocultures, hémocultures et autres examens bactériologiques).
Plusieurs autres appareils de laboratoire sont arrivés le mois dernier : gaz du sang, électrophorèse.
Une autre bonne nouvelle (j’en parlai dans la lettre de 2025), grâce au projet magnifiquement mené par la Rotary Club de chez moi à Amboise avec d’autres clubs partenaires, plusieurs autres appareils de laboratoire sont arrivés le mois dernier : gaz du sang, électrophorèse (très peu répandu dans le pays. Actuellement, il faut faire l’examen en 2 endroits de la capitale) pour les drépanocytaires, microscope épi fluorescent, appareil pour la vitesse de sédimentation etc. Si l’on nous affirme que le laboratoire de l’Hôpital Sainte-Anne est le laboratoire de référence de la Côte sud-est avec l’ensemble des examens qu’il peut réaliser, c’est avec humilité que nous nous en réjouissons pour le bien de la population qui n’a plus besoin d’aller à Fianarantsoa (190 km) ou la capitale (550 km). Le nombre d’examens à faire augmente de jour en jour…et augmentera encore avec les nouveaux appareils.
L’Hôpital des cas désespérés.
Nos 3 médecins dont le chirurgien, dont je suis admiratif de leur dévouement et de leur compétence, me disent souvent que nous sommes l’Hôpital des cas désespérés. Les raisons, vous le savez, je l’ai écrit : des arrivées très tard après être allé, auparavant, pour un grand nombre, chez l’« ombiasa » (devin, guérisseur). Nous avons anormalement trop de cas d’insuffisances rénales graves qui nécessiteraient une dialyse. Trop loin et trop cher si les malades ne sont pas sur place. Il est aisé d’imaginer les conséquences. De nombreuses personnes consomment beaucoup de plantes sous forme de tisanes et décoctions, sans doute mal appropriées et tout aussi mal dosées qui provoquent des issues fatales dont ces insuffisances rénales. Si beaucoup de malades arrivent tard, voire trop tard, je trouve, pourtant, que le nombre de décès n’est pas aussi important qu’on pourrait le supposer lorsque je vois l’état dans lequel ils franchissent l’Hôpital.
Les cas « heureux » sont nombreux tel ce jeune de 15 ans, Erika, depuis plus d’un an et demi, pris en charge gratuitement car venant d’une famille pauvre de brousse, atteint d’un ulcère de Burulli sur l’ensemble de sa jambe droite. Il s’achemine, je crois vers une guérison totale, après que notre chirurgien a décidé de faire une greffe de peau. Une première chez nous ! Nous serions en France, il y aurait sans doute eu une culture de peau pour obtenir d’importants greffons. Pas possible ici ! Notre chirurgien a prélevé sur la jambe saine des morceaux de peau grands comme des rustines de chambre à air pour bicyclette. L’intervention s’est faite en 2 fois, à 2 mois d’intervalle, le dessus de la jambe d’abord et voir ainsi si les greffons prenaient, le dessous ensuite. Aux pansements quotidiens au miel pur des ruches de l’Hôpital, indemnes de toutes traces de produits phytosanitaires. Au fil des semaines, tout le monde retenait son souffle. Peut-être, pourra-t-il repartir chez lui à la fin de cette année…après 2 ans avec nous !
L’Hôpital d’abord pour les pauvres !
Il est peut-être surprenant de le dire ainsi mais « tout avance lentement mais sûrement » !
En ce qui concerne la construction du pôle mère/enfant, nous couvrons actuellement le toit du 2ème pavillon. Les travaux intérieurs seront encore longs (plus de 6 mois sûrement). Nous sommes impatients car nous commençons à être un peu à l’étroit lorsque l’Hôpital se remplit. Les travaux titanesques du jardin potager en trois terrasses se poursuit également. Il reste un quart de terre à déblayer. Il nous faut beaucoup de riz, des fruits et des légumes pour nourrir les malades et le personnel (à midi). Une logistique considérable qui s’affine au fil du temps et permet de diminuer autant que faire se peut les dépenses de l’Hôpital qui est toujours déficitaire.
Cela fait partie intégrante de la vie de l’Hôpital pour que les malades les plus nécessiteux puissent mieux être pris en charge sur le plan médico-chirurgical. Pas un « gouffre abyssal » mais si vous me permettez l’expression « endémique » pour que cet Hôpital reste avec moi et après, l’Hôpital d’abord pour les pauvres ! Je pense que nous y arrivons grâce à l’amitié et à la générosité que vous nous prodiguez fidèlement au fil des années. C’est, sans aucun doute, la clé de la réussite de ce magnifique projet ! Une joie quasi indicible lorsque je vois les personnes soignées et le plus souvent guéries. Je n’aurai jamais assez de mots pour vous dire toute ma reconnaissance à vous tous, fidèles depuis tant d’années, à vous qui avez découvert l’Hôpital récemment et y prenez une part active ! Je ne veux pas être redondant mais laissez néanmoins vous redire que de tant de manières, c’est notre Hôpital à tous ! Dieu nous bénisse !
P. Jean-Yves
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